>>121 ans plus tard, nous nous demandions si l’espéranto avait toujours cours et s’il existait une scène musicale espérantophone. Et bien oui ! festivals, congrès, groupes, associations, labels se trouvent dans le monde entier et sur internet.
Avec sa « Lingvo internacia », premier lexique d’espéranto édité en 1887,
Louis Lazare Zamenhof proposait aux hommes de toutes nations, une langue plus rapide que d’autres à apprendre, leur permettant de parler entre eux aisément, à échelle internationale. Aujourd’hui, l’espéranto se pratique sur les cinq continents bien qu’irrégulièrement répandu. En France, cette langue ne fait pas partie des programmes de l’Éducation nationale, ni des options proposées aux bacheliers. En Hongrie, elle est reconnue par l’Université et connaît une grande faveur auprès de la jeunesse. Il faut dire que cette langue n’est pas dénuée d’attraits. En quelques heures, un étudiant acquiert les bases pour communiquer avec n’importe quel espérantophone dans le monde qu’il soit russe, chinois, japonais, africain…D’autant mieux avec internet.
Face à l’apprentissage de cette langue construite, tout le monde est à égalité puisqu’elle n’appartient à aucune nation en particulier. Elle est non seulement bien vivante mais évolutive. Sa structure se prête à toutes sortes de tournures et d’enrichissements. La langue se compose de radicaux invariables auxquels on ajoute des suffixes et des préfixes afin d’en nuancer le sens. L’ordre des mots y est relativement libre. En 121 ans, le dictionnaire de l’espéranto s’est considérablement étoffé et offre des voies infinies aux créations littéraires, poétiques ou chantées. Des chefs-d’œuvre du monde entier ont été traduits dans cette langue.
Aujourd'hui l'espéranto se pratique sur les cinq continents.
– Alors existe-il de la musiko en espéranto ?
– Jes !
Des chansons d’auteurs et interprètes célèbres ont déjà été traduites, celles de Brassens, de Brel, de Lennon, de Dutronc… mais, il existe aussi de pures créations musicales espérantophones, du folklore, des variétés mais aussi du rock, du rap, de l’électro …et cerise sur le gâteau, une version de Jamendo en espéranto ! Puis, un label toulousain que nous interrogeâmes :
Mails à mails — interview
De : Joséphine
Date : Janvier 2008
À : Floréal Martorell grand manitou de Vinilkosmos
Objet : La scène musicale espérantophone
Votre label Vinilkosmo produit et diffuse exclusivement de la musique en espéranto. Depuis combien de temps existe-t-il ?
Notre label a été créé par l'association
EUROKKA (Esperanto-Universala-Rok-Organizo, Kolektiva Komunik-Asocio) en 1990.
EUROKKA s'occupe de la diffusion, des programmations de concerts
et des festivals pour les artistes du label.
VinilKosmo est-il le seul label de ce type au monde ?
Non, il y en a d'autres, mais ils s’orientent plus vers de la chanson ou même des variétés, de la musique classique ; Ce sont
LF-
Koop en Suisse,
Edistudio en Italie et
BEL au Brésil.
Votre label représente des artistes Pop, Rap, Rock… Au-delà de cette variété de styles, l'espéranto génère- t-il quelque chose de typique ou remarquable pour le monde la musique ?
Pas spécialement. La particularité c'est que les textes des chansons sont compréhensibles pour les espérantophones de la planète entière. On peut aussi voir des fusions de styles dues aux influences interethniques de divers groupes ou artistes comme Esperanto Desperado Danemark et Bosnie, JoMo France et Ukraine, Kaj Tiel Plu Catalogne et Occitanie et d'autres encore.
Y-a-t-il déjà eu un tube en espéranto ?
Disons que ce sont des tubes au sein du monde espérantophone, il y en a même plusieurs :
La lingvo por ni et
La Bambo repris par JoMo,
Sola de Kim d'Esperanto Desperado
, Esperanto de Tutmonda Muziko…
Comment s'organise la scène espérantophone en France ? dans le monde ? a-t-elle tendance à se développer ?
Oui elle a tendance à se développer mais c'est plutôt dans un cadre plus international avec les festivals
FESTO en France,
KEF en Scandinavie,
VEOLA en Russie,
VELURA SEZONO en Ukraine,
ARKONES en Pologne. Et chaque année avec des congrès de jeunes et de moins jeunes qui programment des spectacles. Il y a
UK le congrès mondial ;
IJK, le congrès mondial des jeunes ; puis, il y a aussi des festivals de fin d'année comme
IS,
NR et
IF en Allemagne,
AS en Pologne, sans compter les congrès nationaux dans le monde entier
.
Toutefois, les artistes espérantophones jouent beaucoup trop rarement devant un public non espérantophone, bien que cela arrive de plus en plus dans le cadre de festivals de langues à Toulouse, à Copenhague, à Tcheboksary en république Tchouvache.
Votre label est-il économiquement viable ?
Le label a vécu jusqu'à aujourd'hui, mais il ressent très fortement la crise du
CD depuis 3 ans, et nous espérons surmonter ces difficultés en souhaitant que le
CD ne disparaisse pas complètement. Je pense que le label tiendra bon tant que les gens achèteront encore des
CDs.
Comment percevez vous internet pour la diffusion de la musique espérantophone ?
Avez-vous entendu parler d'une version espéranto de Jamendo ?
Je ne connais pas Jamendo, mais je connais Last Fm sur lequel figure notre label. Voilà internet est le souci majeur du label et en gros c'est ce qui provoque les difficultés qu’il connaît aujourd'hui. Nous ne pensons pas que la diffusion par internet soit viable pour notre label car nous ne voyons pas comment couvrir les frais de production par ce type de diffusion, même à travers des sites payants… ce n'est pas avec l'achat de quelques mp3 que les frais de production et d'édition pourront être couverts.
L’avis de Mark Eaton / webmaster de Vinilkosmo : Internet c’est aussi notre
support promotionnel de prédilection car l'esprit 'sans frontières' de l'internet rejoint naturellement celui de l'espéranto ! S'il est vrai que la distribution numérique pose un certain nombre de problèmes que nous ne cessons de retourner sens dessus dessous, le web reste le seul moyen pour un petit label comme le nôtre de faire connaître son activité à l'échelle internationale qui est notre horizon par vocation… si seulement on arrivait à toucher un plus large public en dehors du cercle espérantiste ; c'est un peu comme ça que se pose l'équation actuellement !
http://www.vinilkosmo.com/
http://www.myspace.com/vinilkosmo/
http://www.vinilkosmo.com/?prs=listen : Audiorama
Joséphine Lecouédic - Janvier 2008